Revue Française de la recherche
en viandes et produits carnés

ISSN  2555-8560

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Résumés - Process et Technologies

Les filières viandes françaises sont confrontées à des enjeux majeurs liés à l'attractivité des métiers, à la réduction de la pénibilité des tâches, à la maîtrise sanitaire et à l'accélération des transitions numériques. Dans ce contexte, les Instituts Techniques Agro-Industriels (ITAI) jouent un rôle essentiel d'interface entre les besoins des entreprises et la recherche académique afin de favoriser le développement et le transfert de solutions adaptées aux enjeux des filières. Créée en 2024 pour une période de cinq ans, l'Unité Mixte Technologique (UMT) IMERVIAnde (Innovations Mécatroniques, Ergonomies, Réalité Virtuelle et Intelligence Artificielle pour les filières Viandes) associe l'ADIV, l'Université Clermont Auvergne, Clermont Auvergne INP, l'Institut Pascal, ainsi qu'Auvergne-Rhône-Alpes Gourmand autour d'un objectif commun : accompagner les transformations des filières viandes françaises grâce au développement de méthodes et d'outils mobilisant la réalité virtuelle, l'intelligence artificielle, la mécatronique, la robotique collaborative et l'ergonomie. Cet article présente les premières réalisations obtenues entre 2024 et 2025, notamment le développement de nouveaux outils immersifs de formation aux métiers de la viande, les travaux engagés sur l'intelligence artificielle appliquée à la détection des souillures en abattoir sur carcasses de bovins ainsi que les études menées pour préparer de futures solutions d'assistance aux opérateurs. Les perspectives à moyen terme sont également présentées autour du concept émergent d'« Abattoir du futur ».

La maîtrise du danger Clostridium botulinum gr. II type B psychrotrophe dans le jambon cuit est la résultante de multiples facteurs étroitement liés les uns aux autres. Même si les nitrites jouent un rôle prépondérant, c’est le maintien de cet équilibre qui permet de garantir la sécurité du produit au regard de ce pathogène. Cette étude visait à évaluer l’impact de deux barèmes de cuisson et refroidissement, l’un comportant un refroidissement post-cuisson lent (28,5 h), le second, un refroidissement standard (10 h), sur le développement de C. botulinum psychrotrophe gr. II type B durant la conservation d’un jambon cuit modèle à teneurs réduites en nitrites de sodium (0 à 60 mg/kg) et en NaCl (18 g/kg versus un taux réduit de -25 % i.e. 13,5 g/kg). Une dose en NaNO₂ de 30 mg/kg suffisait pour inhiber la toxinogenèse durant la conservation des jambons cuits préalablement soumis au barème incluant un refroidissement post-cuisson standard, alors que 60 mg/kg étaient nécessaires lorsque la cuisson était suivie d’un refroidissement excessivement lent.

La célébration des 50 ans de l’ADIV, qui a eu lieu le 19 novembre 2025 à Clermont-Ferrand a été l’occasion pour l’Institut Technique Agro-Industriel (ITAI) spécialisé dans les produits carnés de se tourner vers l'avenir au travers d’une série de conférences prospectives sur les enjeux à venir en matière de procédés, de nutrition et de consommation. Elle ont été complétées par une présentation de la filière bovine aux Etats-Unis en guise d’éclairage extérieur par François Léger, président de la société américaine d’abattage et de transformation FPL FOOD implantée à Augusta (Geogie). Les interventions ont mis en lumière quelques-unes des évolutions attendues de l’industrie de la viande. Gilles Trystram, ancien directeur d’AgroParisTech et directeur du Genopole, a insisté sur la nécessité dans les années qui viennent pour l’industrie alimentaire de se tourner vers une « juste transformation », avec des procédés moins impactants en termes d’énergie ou d’utilisation de ressource et un recours croissant aux technologies digitales. Didier Rémond, directeur de recherche à l'unité de nutrition humaine de l’INRAE de Clermont-Ferrand, a quant à lui évoqué les équilibres indispensables à respecter pour couvrir les besoins nutritionnels dans une perspective de diminution de la consommation de produits animaux. Enfin Bruno Hérault, le chef du centre d'études et de prospective au ministère de l'agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire (MAASA), a évoqué les bouleversements des pratiques et des systèmes alimentaires de ces dernières années et leurs conséquences potentielles sur l’organisation de la filière viande.

La transformation de la viande en kilichi est une activité économique au Niger conduite par des professionnels de la viande sur l’ensemble du territoire national, aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain. La présente étude a pour objectif général de décrire la technologie de production du kilichi et de définir les caractéristiques sensorielles de différentes variantes. A cet effet, les différentes variantes de kilichi du Niger ont été inventoriées et les caractéristiques organoleptiques ont été étudiées. Trois variantes du kilichi sont présentes dans toutes les régions d’étude : kilichi simple appelé localement « rumzu » ou « dan kalambé », kilichi à pâte d’arachide « Fari » et kilichi à pâte d’arachide avec jawa ‘’Ja’’ ou ‘’maiyagi’’. Deux analyses sensorielles (avec deux panels de consommateurs) ont été effectuées : test hédonique et test de préférence (test de classement) pour apprécier trois attributs sensoriels (couleur, texture et goût). Il est ressorti des différentes analyses que les techniques de production des différentes variantes ont certains points technologiques en commun. Le principal facteur de différenciation entre les variantes réside dans la nature de l’enrobage : soit une pâte d’arachide associée aux épices, soit une pâte d’arachide combinée aux épices et au « Jawa » (colorant rouge). Les tests sensoriels ont montré que le goût et la texture sont les principaux critères sensoriels d’appréciation du kilichi dans cette étude.

La mission, conduite par le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), s'est concentrée sur l'analyse du dispositif génétique français (DGF) concernant les ruminants. L'objectif était d'accompagner les professionnels vers une feuille de route stratégique, en inversant l'approche traditionnelle : partir des besoins des éleveurs plutôt que de la technique. La quadruple ambition identifiée vise une filière génétique performante pour favoriser la compétitivité des éleveurs et entreprises agroalimentaires, contribuer à la transition agroécologique et renforcer la résilience, capter en France le maximum de valeur ajoutée et passer en mode décisionnaire et opérationnel. A l’issue de ses travaux, la mission a formulé sept recommandations principales.

L'ajout de spiruline (Arthrospira platensis) dans les saucisses de dromadaire conditionnées sous vide a permis de prolonger leur durée de conservation de 20 à 35 jours, alors que le groupe témoin était totalement altéré dès le 5ème jour de conservation. Cette étude a donc mis en évidence le potentiel de la spiruline, en tant qu'ingrédient naturel, grâce à sa composition riche et à ses effets antioxydants et antibactériens, pour constituer une source de substances bénéfiques dans le domaine de conservation des aliments. Elle permet également d'envisager une nouvelle approche pour la production d'une saucisse fonctionnelle de type Merguez susceptible de plaire au consommateur.

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Edito

Le gout et les bénéfices de la viande

Une fois encore, les chiffres démentent les impressions. Tandis que l’air du temps porte à croire à une désaffection des consommateurs pour les produits carnés, les statistiques montrent le contraire. Selon les dernières données de FranceAgriMer et d'Agreste publiées dans une synthèse de conjoncture parue en juillet, les Français ont consommé en 2025, pour la deuxième année consécutive, davantage de viande, avec une hausse globale de 1,3 % en 2025, après une progression de 2,3 % en 2024. À 85,7 kilos équivalent-carcasse (kgec) par habitant, le niveau de consommation retrouve son étiage de 2016, s'éloignant du point bas de 2023 marqué par une inflation galopante. Les grandes tendances de ces dernières années se confirment. La consommation de viande bovine diminue de nouveau (- 3%) à 20,1 kgec par habitant, tout comme le mouton et l'agneau (- 5,9 %) à 2 kgec, tandis que la volaille poursuit sa croissance (+3,3 %) pour atteindre 31,7 kgec par habitant. La viande porcine a connu dans le même temps une embellie (+2,7 %) à 31,5 kgec.
Ces évolutions constitueraient une bonne nouvelle pour les filières françaises si elles ne profitaient essentiellement aux origines étrangères. Selon la même étude, les importations de viande ont progressé sur la même période de 5%, la palme revenant à la viande de volaille (+ 8,6 %), devant les importations de viande porcine (+ 3,9 %). La part des importations a dépassé les 50% pour la viande de poulet ! Dans le même temps, la viande bovine a jugulé cette tendance, les importations ayant connu une baisse de - 0,8 % en 2025 après - 0,3 % en 2024 et - 5,7 % en 2023. La part des produits exportés progresse cependant légèrement, à 26%.
Toujours est-il que les Français, en dépit de différentes injonctions, apprécient plus que jamais d’équilibrer leur alimentation avec la viande. Ses bénéfices nutritionnels, souvent questionnés, sont de mieux en mieux connus, comme en témoignent plusieurs articles que nous vous proposons dans cette édition de Viandes&Produits Carnés. Deux contributions "Modélisation de l’effet matrice de la viande" et "Effet matrice de la viande : déterminants et implications nutritionnelles" par des équipes de l’Unité Qualité des Produits Animaux d’INRAE et de l’Université Clermont Auvergne permettent de mieux comprendre l’effet matrice dans la biodisponibilité des nutriments de la viande. Un autre article ("Biodisponibilité des vitamines et de la choline dans les produits animaux") éclaire la manière dont les produits animaux sont des vecteurs de vitamines et de choline biodisponibles trop longtemps négligés. Des domaines où les champs d’investigation sont encore importants.
Également à lire dans cette édition, une présentation des enjeux et projets de l’UMT Imerviande qui entend accompagner les transitions technologiques, humaines et numériques des filières viandes françaises et une étude sur le rôle de l’élevage ovin dans les régions steppiques algériennes.
Bonne lecture et bon été,

Jean-François HOCQUETTE et Bruno CARLHIAN