Revue Française de la recherche
en viandes et produits carnés

ISSN  2555-8560

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Le test d’indentation instrumentée, une méthode adaptée pour mesurer la tendreté de la viande ?

La filière « viande » réfléchit à assurer la garantie de délivrer à ses clients des produits réguliers en qualité. Toutefois, les méthodes utilisées pour qualifier la tendreté de la viande sont pour la majorité destructives puisqu’elles nécessitent le prélèvement d’échantillons de la viande à qualifier. De ce fait, la tendreté n’est pas ou peu évaluée dans la filière. L'objectif de cette étude est de proposer un test non destructif, idéalement réalisable sur carcasse et/ou en ligne permettant de se substituer aux tests invasifs classiquement utilisés au laboratoire (test de cisaillement de Warner-Bratzler, test de dureté, test de pénétration, test de cuisson). L’essai envisagé est un test d’indentation/relaxation/recouvrance qui conduit à l’estimation d’indicateurs de tendreté. Le protocole d’indentation consiste en la pénétration d’une pointe hémisphérique, en son maintien en position et en son rapide retrait, phase liée au retour à l’équilibre, pendant laquelle le mouvement de la surface de la viande est particulièrement suivi. Un travail préliminaire sur deux pièces de viande dont les niveaux de tendreté sont très différents a permis de mettre en relation certains de ces indicateurs avec les données issues d’un test par compression (tendéromètre), dispositif mis à disposition pour cette étude par l’Association pour le Développement de l’Institut de la Viande de Clermont-Ferrand (ADIV). En particulier, après indentation, le rond de gite retourne plus rapidement à son état d’équilibre que le faux filet. La tendance observée sur cette phase dite de « recouvrance » semble corrélée avec des données plus classiques obtenues lors d’essais de pénétromètrie sur des échantillons similaires. Des études statistiques doivent maintenant être réalisées pour valider l’utilisation de cet outil pour la qualification industrielle des pièces de viande.

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Edito

Pour un débat rationnel sur l’élevage et la viande

Le déclin de la production française de viande bovine (qui se poursuivrait en 2024 pour la quatrième année consécutive selon les dernières projections (1) de l’Idele) a conduit pouvoirs publics et responsables professionnels à s’interroger ces derniers mois sur l’avenir de l’élevage en France, qu’il soit bovin, ovin, porcin ou avicole. Les différentes réflexions engagées ont toutes abouti à un même constat : la nécessité d’un débat rationnel sur l’élevage et la viande -en un mot, scientifique- afin que le secteur puisse enfin se projeter dans les prochaines décennies.
Missionnés par le ministère de l’Agriculture pour évaluer "les perspectives d’avenir des relations élevage et société", les experts du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) ont ouvert la voie en rendant l’été dernier un avis (2) recommandant l’ouverture d’un "débat national" visant à l’élaboration conjointe "par tous les acteurs, d’une vision consensuelle sur l’élevage à horizon 2050". L’avis suggère que l’organisation en soit confiée à une structure neutre, la Commission nationale du débat public, et propose que les perspectives et les objectifs qui en sortiront constituent "l’armature des politiques publiques à venir".
Plus récemment -le 14 janvier dernier-, c’était au tour du Conseil économique, social et environnemental (Cese) de formuler "douze propositions" pour inverser la tendance actuelle et redonner de l’attractivité au métier d’éleveur (3). Les recommandations sont organisées autour de trois axes : "renforcer, réorienter et mieux diffuser les travaux de recherche" ; "réexaminer les politiques publiques avant de proposer un grand plan national d’investissement et d’innovation" ; et enfin "sensibiliser les consommateurs". La rationalité, encore.
Entre ces deux avis, l’Académie de la Viande s’est prononcé sur la place de l’élevage et de la viande dans la société dans des termes comparables. Dans un "manifeste" publié en décembre dernier à l’occasion de son quarantième anniversaire (4), l’institution qui rassemble une cinquantaine d’experts professionnels des filières viandes, scientifiques, économistes, vétérinaires, écrivains, journalistes, etc. a appelé à "un débat éclairé et apaisé" sur la viande, dans un contexte de controverses à répétition sur l’élevage et l’abattage des animaux de rente. La modernisation de l’élevage et de l’industrie "a conduit à développer des techniques de sélection, d’alimentation et de confinement qu’il convient d’évaluer en termes de bien-traitance des animaux", reconnait par exemple l’Académie. Elle appelle à une réflexion d’ensemble sur ces sujets "pour que les professions des productions animales anticipent et proposent à la société les contours de l’élevage de demain".
Toutes ces initiatives nationales vont dans le sens de la Déclaration de Dublin qui vise à "donner la parole aux nombreux scientifiques du monde entier qui mènent leurs recherches avec diligence, honnêteté et succès dans différentes disciplines afin de proposer une vision équilibrée sur l'avenir des productions animales" https://www.dublin-declaration.org/fr/ Cette déclaration signée par plus de 1000 chercheurs rappelle les défis mais aussi les atouts des productions animales. Le prochain sommet international sur ce thème intitulé "The Societal Role of Meat & Livestock" aura lieu le 30 octobre et le 1er novembre 2024 à Denver (Etats-Unis).
Ce numéro de Viandes&Produits Carnés pourrait constituer notre contribution à ce débat "éclairé et apaisé" auquel invitent les différentes assemblées que nous venons de citer. Les six articles parus récemment constituent des comptes-rendus de quelques sessions marquantes du 74ème congrès européen des sciences animales (EAAP) qui s’est tenu à Lyon du 28 août au 1er septembre 2023. Ces publications invitent toutes, dans leur domaine, à identifier des démarches de progrès pour le secteur de l’élevage et de la viande. Les titres en témoignent : "Recherche sur la production et la qualité de la viande en Australie, Chine et France", "Classement des carcasses pour la durabilité de la filière viande bovine et ovine" ; "Produits animaux de bonne qualité et nouvelles technologies en élevage" ; "Avenir des produits animaux : davantage d'alternatives ou meilleure gestion de la qualité ?" ; et enfin "Bien-être et élevage du veau de boucherie". Bonne lecture.

Bruno CARLHIAN et Jean-François HOCQUETTE

(1) https://idele.fr/detail-article/previsions-viande-bovine-2024-la-production-baisse-encore-mais-moins-vite-quen-2023
(2) https://agriculture.gouv.fr/perspectives-davenir-des-relations-elevage-et-societe
(3) https://www.lecese.fr/travaux-publies/relever-les-defis-de-lelevage-francais-pour-assurer-sa-perennite
(4) https://academiedelaviande.com/wp-content/uploads/2024/01/Manifeste-de-lAcademie-de-la-Viande-231212.pdf