Lecture d’actualité - Analyse de la situation de la filière française des bovins à viande

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Résumé du rapport de mission d’expertise n°14147 du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture, et des Espaces Ruraux

Le Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture, et des Espaces Ruraux a été chargé d’examiner la situation économique de la filière des bovins à viande dans un contexte de marché rendu très défavorable par la conjoncture.

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INTRODUCTION

Parmi les différentes productions agricoles, l’élevage de bovins à viande génère les revenus les plus faibles. Il est souvent la lanterne rouge des bilans annuels de revenus, avec les élevages ovins à viande.
Malgré cela, l’activité se maintient, notamment le « naissage », dans des zones d’herbage, de montagnes ou de piémonts sur lesquelles il est particulièrement difficile de produire autre chose (Massif Central, par exemple).
La persistance et la modernisation d’une aide couplée à la vache allaitante et la rénovation de l’Indemnité Compensatoire de Handicap Naturel (ICHN) viennent partiellement compenser les difficultés du secteur. Mais les engraisseurs subissent de plein fouet les tendances du marché. Ils disposent, selon les territoires, de capacités de réaction et d’arbitrage alternatifs graduées, pouvant aller jusqu’à l’abandon de l’engraissement au profit des grandes cultures.

Le marché est très tendu. Les compétitions entre viandes sont de plus en plus rudes. La consommation intérieure tend à diminuer. L’exportation, qui permet de valoriser une part importante de la production de viande spécialisée, est soumise aux aléas de la politique internationale.
En 2014, l’embargo russe et l’arrêt des importations vers la Turquie ont compromis les tendances de reprise qui venaient compenser l’effritement régulier des exportations de broutards vers l’Italie ainsi que les cours bas des viandes.
C’est dans ce contexte qu’en fin décembre 2014, le Ministre a confié au Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture, et des Espaces Ruraux (CGAAER) le soin de faire un point sur la situation financière des éleveurs de bovins à viande, dans un délai très court d’un mois (avant fin janvier 2015). Il a également souhaité des suggestions sur l’économie de la filière bovine.

 

I. METHODOLOGIE

La mission a rencontré près de 70 acteurs ou spécialistes de la filière. Elle a rencontré des producteurs dans quatre départements : Orne, Haute-Saône, Haute-Vienne, Vendée. L’analyse de la situation, produite par la mission, a été testée auprès des principaux responsables (professionnels et institutionnels) nationaux.

 

II. RESUME DE L’ANALYSE

Le faible revenu des éleveurs de bovins à viande tient à une production de viande très segmentée à l’amont (selon les races, les types d’animaux, les terroirs…) et soumise à une forte concurrence. Á l’aval de la filière, la production est difficile à valoriser à un niveau permettant de couvrir le coût de production et de constituer une marge à l’éleveur. Mais surtout, une forme de banalisation du produit (par le « haché » notamment) fait peu de cas des typologies d’amont. Les réformes laitières arbitrées en raison d’autres considérations que celles du marché des viandes, viennent encore pénaliser la situation.
Les revenus des éleveurs spécialisés se sont dégradés de
–20% à –40% en 2014. Ce recul intervient dans une tendance baissière lourde, et une ambiance morose. Les projections faites pour 2020 par l’Institut de l’Elevage, FranceAgriMer ou Interbev restent délicates, mais augurent cependant d’une reprise de la spécialisation des exploitations et de l’alternance capitalisation / décapitalisation du cheptel laitier, très impactant sur les cours des viandes bovines.
Un premier constat tient au caractère multiforme de la filière « bovins à viande ». Souvent indûment considérée comme un tout, la filière se décline en produits et modes de production très variés, liés à bassins de production aux caractéristiques très contrastées. Les coûts de production et les conditions de maîtrise zootechnique sont très variables.
La viande bovine d’origine laitière représente pratiquement la moitié de la consommation de viande en France. Or la viande d’origine laitière, en tant que sous-produit de la production laitière, mobilise moins les éleveurs laitiers, notamment en matière de prix.
Enfin, la mission a établi que les situations de trésorerie des éleveurs devaient avantageusement être traitées par des dispositifs de traitements individuels comme l’exonération de cotisation à la Mutualité Sociale Agricole (MSA) ou de la Taxe sur le Foncier Non Bâti (TFNB). Elle insiste sur le fait que ces mesures conjoncturelles ne sauraient apporter de réponses aux difficultés structurelles de la filière.
La mission recommande d’engager la filière dans une forme d’anticipation, d’offensive et d’organisation beaucoup plus marquée (prospective et outils d’anticipation de crise notamment).
Avec l’appui des pouvoirs publics, et à condition d’exploiter sa force collective, la filière peut se donner des perspectives par :

Des éleveurs de la filière viande s’interrogent enfin sur les liens susceptibles d’être établis entre le développement des GIEE (Groupement d’Intérêt Economique et Environnemental), la rénovation des bâtiments d’élevage incluant notamment les questions de mise aux normes, le développement du photovoltaïque et de collectifs de méthanisation, et dont la mise en œuvre leur paraît engluée dans un cumul de dispositions complexes et démotivantes.

 

CONCLUSION

En conclusion, la mission recommande d’apporter un appui dans ces différents domaines et d’alléger les difficultés des exploitants en grande difficulté. Mais l’essentiel des suggestions formulées s’inspire de la nécessité pour la filière de mieux organiser son dialogue interne et de se doter d’outils d’anticipation et d’accompagnement. La première étape consiste à partager un tel diagnostic au sein de l’Interprofession.

 

Références :

Rapport de mission d’expertise n°14147 du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture, et des Espaces Ruraux qui corrobore l’ensemble des travaux de suivi tant des Centres d’économie rurale (CER) et des réseaux animés par l’institut de l’élevage et les chambres d’agriculture.

 

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