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La revue française de la recherche en viandes et produits carnés  ISSN  2555-8560

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Performance des élevages français de vaches allaitantes avec les ateliers d’engraissement italiens

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Évaluation de la performance d'un système combiné de production extensive / intensive de viande bovine : le cas des élevages de vaches allaitantes françaises intégrées avec les ateliers d’engraissement italiens

Cet article est une version courte de l’article intitulé “Environmental footprint of the integrated France-Italy beef production system assessed through a multi-indicator approach” de Berton M., Agabriel J., Gallo L., Lherm M., Ramanzin M., Sturaro E. paru dans la revue "Agricultural System" dans lequel plus de critères ont été pris en compte.

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INTRODUCTION

Le système de production de viande bovine a des impacts positifs et négatifs environnemental, notamment en raison de l'émission de gaz à effet de serre (GES) (Gerber et al., 2013). D'autre part, il contribue à la sécurité alimentaire par la conversion de produits alimentaires non comestibles (herbe) par l’homme en produits comestibles (viande) avec un ratio favorable de production de viande sur utilisation d’aliments comestibles par l’homme (Wilkinson, 2011). Le système de production de viande bovine intégrée France-Italie représente une situation particulière, caractérisée par une séparation géographique : des naisseurs de veaux (broutards) issus de troupeaux de vaches allaitantes, situé principalement dans une région défavorisée du centre de la France (Massif Central) basée sur l’utilisation de prairies permanentes avec du pâturage (Brouard et al., 2014), et les ateliers d'engraissement dans le nord-est de l'Italie, qui engraissent les veaux  importés en utilisant des rations totales mélangées à base d'ensilage de maïs et d’aliments concentrés (Gallo et al., 2014).

Cette étude vise à analyser la performance du système de production de viande bovine intégré France-Italie grâce à l'indicateur de l'empreinte carbone (kg équivalent CO2 / kg de poids vif vendu, calculé selon la méthode d'analyse du cycle de vie - ACV) et le taux de conversion alimentaire calculé comme le rapport entre la teneur en énergie métabolisable dans l'alimentation comestible par l’homme et le contenu énergétique des produits animaux destiné à l’alimentation humaine (HeFCR).

 

I. MATERIELS ET METHODES

Cette étude a porté sur 73 lots d'engraissement de jeunes bovins de race charolaise (un lot étant constitué d’animaux homogènes pour l’origine (élevage de naissance), l’atelier d’engraissement et la période de finition en Italie). Elle totalise 4882 têtes abattues en 2014. Le système considéré dans l’ACV (du berceau à la sortie de l’atelier d’engraissement) comprend trois étapes : la phase de naissage (reproduction-gestation-lactation de la vache allaitante de son veau), le transport des veaux sevrés plus ou moins alourdis (broutards) vers l'Italie et la période d'engraissement italienne jusqu'à l'abattage.
La période de naissage combinait l’ensemble des intrants utilisés et les émissions dues à l'étape de la reproduction (vaches allaitantes pendant une période de gestation-lactation et une période de tarissement, ainsi que les génisses de renouvellement pendant la même période, les veaux pré-sevrés de la naissance au sevrage) et la repousse éventuelle ou alourdissement des veaux mâles destinés à l'Italie (du sevrage à la vente en Italie). Une méthode d’allocation de masse a été utilisée pour attribuer les émissions dues à l'étape de reproduction aux veaux mâles qui peuvent être plus ou moins alourdis destinés à l'Italie. L'unité de référence était le lot et l'unité fonctionnelle (kilos de poids vif vendus à la fin de la période d'engraissement).
Les données de la phase de naissage française ont été tirées du Réseau charolais INRA (Liénard et al., 1998), qui fournit sur longue période des informations sur la gestion du troupeau, les surfaces utilisées et leur gestion (type et quantité d'engrais), l'utilisation de l’ensemble des intrants agricoles (concentrés, carburant, vétérinaire, engrais, etc.). Afin de connecter les lots d'engraissement avec les troupeaux naisseurs, une analyse typologique des lots d'engraissement a été effectuée. Les variables étaient la date de naissance, l'âge et le poids vif à la vente en Italie. Trois groupes ont été obtenus. La fourchette moyenne ± écart-type, calculée pour le poids corporel et l'âge des jeunes bovins pré-engraissés par groupe, a été utilisée pour identifier les exploitations françaises ayant vendu des animaux présentant les caractéristiques les plus similaires à celles trouvées pour chaque groupe italien. Une ferme allaitante moyenne a été obtenue en utilisant l'information moyenne provenant des fermes sélectionnées pour chaque groupe. La composition du régime alimentaire et de l'apport de matière sèche par catégorie d'animaux (vaches allaitantes, génisses de reproduction, les taureaux d'élevage et veaux) ont été calculées en utilisant les rations provenant de Brouard et al. (2014). Un modèle de résolution (logiciel Office Excel) a été utilisé pour contraindre l’apport de matière sèche ingérée par tête dans la gamme de 1,8 et 2,0% du poids vif. Les données pour la période d'engraissement italienne ont été recueillies à partir de 14 fermes d'engraissement du Nord-Est de l’Italie. Pour chaque lot, des données sur le nombre d'animaux, la date d'arrivée et la vente à l'abattoir, le poids vif à la vente en Italie, à l'arrivée en Italie et à la fin de la période d'engraissement ont été collectées. L'ingestion d'aliments par tête et par jour, ainsi que la composition du régime alimentaire et des échantillons de nourriture prélevés à la mangeoire pour la composition chimique ont été recueillies mensuellement pour chaque lot.
La consommation de matière sèche (kg MS / tête / jour) a été calculée comme la moyenne de la consommation alimentaire mensuelle, pondérée par la période de temps entre deux échantillons de régime suivants. Le gain quotidien moyen (GMQ, kg de poids vif / jour) a été calculé comme la différence entre le poids vif début et fin d’engraissement, divisé par la présence totale d'animaux (têtes x jours). Les flux d'entrée-sortie d'azote et de phosphore ont été calculés à l'aide de la procédure de gestion des ressources environnementales (ERM, 2002). Les intrants agricoles (aliments, engrais, plastique, carburant, lubrifiant, litière, …) pour la gestion du troupeau ont été établis à partir des documents officiels et des documents des agriculteurs. Le transport des broutards vers l'Italie a été basé sur une distance moyenne de Clermont-Ferrand (Massif central) à Padoue (Italie du Nord-Est) en camion bétaillère de 32 tonnes, alors que le tourteau de soja devait arriver du Brésil, la pulpe de betterave d'Ukraine et le maïs de fermes voisines. Les émissions de gaz à effet de serre ont été estimées à l'aide des équations proposées par Sauvant et al. (2011) pour le méthane entérique (CH4) et le GIEC (2006) pour le CH4 et l'oxyde nitreux (N2O) pour la gestion des déjections (Tier 2) et pour le N2O à l’épandage des engrais et du fumier (Tier1). Les facteurs d'émission pour les aliments hors ferme, la production d’équipements agricoles, industriel et de litière et pour le transport des veaux ont été établis à partir des bases de données Ecoinvent (Ecoinvent, 2014) et Agri footprint (Blonk, 2014). La procédure proposée par Wilkinson (2011) a été utilisée pour calculer HeFCR, sur la base de la valeur énergétique moyenne de 1 kg de poids vif selon Pelletier et al. (2010) et de la teneur en éléments nutritifs des aliments, calculée selon la procédure proposée par l'INRA (2007). La fraction comestible de différents aliments a été tirée de Wilkinson (2011).

 

II. RESULTATS ET DISCUSSION

La taille du lot était en moyenne de 67 ± 33 têtes, ce qui montre une grande variabilité dans la disponibilité des broutards au cours de l'année. Le poids vif moyen de vente par le naisseur pour l’engraissement était de 405 ± 13 kg, avec une fourchette de 350 à 426 kg. La perte moyenne de poids corporel due au transport de la France vers l'Italie s'est élevée à 4,8 ± 0,4% en moyenne. Le poids vif à la fin de la période d'engraissement était de 731 ± 19 kg en moyenne, avec un GMQ de 1,52 ± 0,09 kg vif / jours pendant les 226 ± 11 jours d'engraissement, et un GMQ global de 1,27 ± 0,09 pendant les 542 ± 36 jours de l'ensemble du cycle de production.
La quantité de matière sèche ingérée était de 6,8 ± 0,4 kg MS / tête / jour pour le cycle global et de 10,6 ± 0,5 kg MS / tête / jour pendant la période d'engraissement en moyenne.
Le Tableau 1 montre les résultats de l'empreinte carbone et HeFCR. Pour l'ensemble du cycle de production de viande bovine, les émissions moyennes de GES étaient en moyenne de 13,0 ± 0,6 kg CO2-eq / kg de poids corporel vendu, avec une part moyenne due à la phase de naissage (vache-veau) de 65 ± 3%. La HeFCR moyenne était de 3,8 ± 0,5 MJ de nourriture comestible / MJ comestible dans les produits animaux, montrant une plus grande variabilité que l'empreinte carbone. L'empreinte carbone de l'ensemble du système de production bovin franco-italien était comparable à celle d'autres études, même si les méthodes de calcul du CH4 entérique différaient (Beauchemin et al., 2010; Nguyen et al., 2012). La HeFCR pour l'ensemble la chaîne de production était comparable aux valeurs des systèmes de viande bovine rapportées dans Wilkinson (2011).

Tableau 1 : Empreinte carbone et ratio de conversion alimentaire pour produire des produits alimentaires pour l’homme (HeFCR, MJ comestible / MJ comestible dans les produits animaux) pour le secteur bovin intégré France-Italie (de la naissance à la fin de la période d'engraissement) au niveau du lot d'engraissement italien (N = 73)

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L'empreinte carbone et HeFCR étaient négativement corrélées (r = -0,41, P <0,001), avec la phase allaitante montrant une plus grande empreinte carbone et une HeFCR inférieure à la phase d'engraissement. Cela implique une situation de compromis, pour laquelle la réduction de HeFCR, pour optimiser le taux de conversion des aliments pour l'homme, pourrait conduire à une augmentation de l'intensité des émissions de GES. Nous devons également considérer que les systèmes d'élevage basés sur le pâturage offrent plusieurs externalités positives (aménités) en termes de services écosystémiques (Rodríguez-Ortega et al., 2014) et de stockage de carbone, avec une influence connexe sur les émissions nettes de GES. Par conséquent, l'utilisation exclusive d'indicateurs d'impact environnemental, tels que l'empreinte carbone, pour évaluer la durabilité des systèmes bovins pourrait être source de distorsion, en particulier pour les exploitations herbagères dans les zones défavorisées ou de montagnes.

 

CONCLUSIONS

L'intégration entre la phase allaitante (vache-veau) au pâturage dans des exploitations d’élevage extensif françaises (Massif Central) et les fermes d'engraissement intensives à base de céréales du nord de l'Italie permet d'optimiser l'utilisation des ressources offertes par les différents écosystèmes agricoles pour la production de viande bovine. Les systèmes d'élevage basés sur le pâturage dans les zones défavorisées et de montagne ont montré un taux de conversion d'aliments comestibles par l’homme intéressant, mais de fortes émissions de GES par unité de produit, alors que l'inverse a été trouvé pour les systèmes intensifs de la phase d’engraissement à base de céréales. Le compromis observé entre l'empreinte carbone et le taux de conversion en aliment pour l’homme a mis en évidence comment l'utilisation d'indicateurs différents permet d'aborder une évaluation plus holistique de la durabilité des systèmes d'élevage. L'approche utilisée dans cette étude peut être étendue à d'autres indicateurs et d'autres systèmes de production (à savoir le secteur laitier) pour l'évaluation de la durabilité des systèmes d'élevage de zones difficiles.

 

Remerciements :

Les auteurs remercient le soutien de l'association de bovins AZoVe. Cette étude fait partie du projet de l'Université de Padoue "Indicatori di sostenibilità per l'allevamento intensivo di bovini da carne tramite approccio integrato" (Indicateurs de durabilité pour le secteur de la viande bovine intensive par approche intégrée) CPDA121073. Marco Berton a été partiellement soutenu par la bourse "Borsa Gini", décernée par la Fondazione Aldo Gini, Padoue, Italie.

 

Références :

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