Revue Française de la recherche
en viandes et produits carnés

ISSN  2555-8560

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Résumés - Economie et Consommation

Cet article a pour objectif de décrire la place de l’élevage ovin et ses atouts pour le développement du territoire steppique algérien où il est présent. La viande ovine revêt un caractère festif dans la mesure où elle a tendance à être consommée collectivement lors d’une occasion spécifique, familiale ou religieuse. Mais, cette production ovine dépend fortement de la ressource en pâturage qui reste insuffisante, ce qui entraine le problème de l’adaptation de l’offre en viande à la demande. C’est un élevage qui s’oriente vers une modernisation technologique (incluant la traçabilité numérique du cheptel) et une sécurisation des filières pour l'Aïd. Le maquignonnage est le circuit le plus répandu dans ces régions steppiques. Il assure l’approvisionnement en animaux de l’espèce ovine par l’intermédiaire des circuits intérieurs permettant d’acheminer le bétail des zones de production steppiques vers les centres urbains de consommation au Nord, là où se trouvent les abattoirs.

Alors que la viande se retrouve au centre de nombreux débats sociétaux — environnement, santé, bien-être animal, alternatives végétales — les connaissances scientifiques sont souvent fragmentées, voire déformées. L’ouvrage La viande n’a pas dit son dernier mot (Éditions du Rocher, 2026) propose une mise au point fondée sur les données actualisées de la recherche, en adoptant une approche pédagogique et nuancée. Il s’adresse aux professionnels des filières d’élevage, aux enseignants, aux étudiants, mais également aux consommateurs désireux de mieux comprendre les enjeux associés à la place de la viande dans l’alimentation et dans les territoires. Cet article présente les grandes thématiques abordées dans l’ouvrage : l’intérêt nutritionnel de la viande, son rôle dans les systèmes alimentaires, ses impacts environnementaux, ainsi que l’analyse des principales alternatives (végétales, fermentaires ou in vitro). Il propose une lecture synthétique de l’état actuel des connaissances scientifiques, ainsi qu’un éclairage sur les principaux mythes et croyances qui entourent la consommation de viande.

Une étude menée par CERESCO pour INTERBEV, basée sur les projections de l’Institut de l’Élevage, évalue les conséquences socio-économiques, environnementales et territoriales d’une baisse de 19 % du cheptel de vaches mères d’ici 2030. Cette contraction, équivalente à la perte enregistrée entre 1960 et 2000, entraînerait une réduction de 20 % des animaux finis, menaçant 37 000 emplois directs et indirects, principalement dans les zones rurales (Massif Central, Ouest). Les prairies permanentes, couvrant 44 % de la SAU, pourraient perdre 1,4 Mha, avec des risques de retournement en cultures, d’artificialisation ou d’enfrichement, affectant paysages, biodiversité et stockage de carbone (jusqu’à 64 Mt éq CO₂ libérées dans le scénario le plus pessimiste).
La balance commerciale deviendrait déficitaire (–330 M€ contre +740 M€ aujourd’hui), en raison d’un découplage entre une consommation stable (–4,3 %) et une production en chute (–18,5 %), accélérant les importations de viande. Bien que les émissions de GES nationales diminuent (–18 %), celles liées aux importations pourraient doubler (10 Mt éq CO₂/an), annulant les gains climatiques. La réduction des effluents bovins (–18 % d’azote organique) augmenterait la dépendance aux engrais minéraux (+18 kt d’azote), tandis que la disparition des prairies dégradera les services écosystémiques (biodiversité, qualité des sols).
Cette transition soulève des enjeux de souveraineté alimentaire et de résilience territoriale, nécessitant un accompagnement des filières pour concilier transition écologique et maintien des externalités positives de l’élevage (stockage de carbone, entretien des paysages).

Le 4ème Forum international sino-français sur le développement de la production bovine s’est déroulé en juillet 2025 à Changchun, capitale de la province du Jilin, dans le Dongbei. L’événement, qui marquait le 20ème anniversaire de la création du Centre sino-français de recherche et de développement sur les bovins, a accueilli différents experts, chercheurs et professionnels. Les présentations ont porté sur l'expérience de la France en matière de production et de consommation de viande bovine de haute qualité, sur l’évolution de la filière bovine en Chine, sur le développement du système européen 3G (Global Guaranteed Grading), sur les tests génomiques et enfin sur l'expérience des éleveurs français de bovins de race Limousine.

En dix ans, la consommation de viande va poursuivre sa croissance et tirer la production mondiale, selon le rapport Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025-2034. Du fait de l’augmentation rapide de la population et des revenus, 45% de la croissance de la consommation mondiale se produira dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Par habitant, la consommation totale de viande ne devrait cependant progresser que de 3% pour atteindre 29,3 kg en équivalent poids comestible au détail (epd) par habitant/an, une augmentation moitié moins élevée qu’au cours de la décennie précédente. Dans la plupart des pays à revenu élevé, la croissance de la consommation de viande par habitant continuera en effet de ralentir. Dans ces dix prochaines années, la volaille renforcera sa position dominante dans le secteur de la viande, puisqu’elle représentera 62% du volume total de viande supplémentaire produit dans les dix années à venir.

Les interrogations sur la consommation des produits carnés dans une alimentation durable sont devenues de plus en plus nombreuses. Les injonctions à réduire la consommation de produits carnés ajoutées aux préoccupations en termes de santé, d’écologie ou de citoyenneté du consommateur orientent une part d’entre eux, en marge des habitudes et des normes plus courantes, vers une alimentation plus durable et donc plus végétale. Néanmoins, l’attachement à la viande se traduit par une érosion relativement lente de la consommation au regard d’une multiplicité de facteurs. L’érosion des viandes boucherie place désormais la volaille en tête des espèces consommées.

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Edito

Le gout et les bénéfices de la viande

Une fois encore, les chiffres démentent les impressions. Tandis que l’air du temps porte à croire à une désaffection des consommateurs pour les produits carnés, les statistiques montrent le contraire. Selon les dernières données de FranceAgriMer et d'Agreste publiées dans une synthèse de conjoncture parue en juillet, les Français ont consommé en 2025, pour la deuxième année consécutive, davantage de viande, avec une hausse globale de 1,3 % en 2025, après une progression de 2,3 % en 2024. À 85,7 kilos équivalent-carcasse (kgec) par habitant, le niveau de consommation retrouve son étiage de 2016, s'éloignant du point bas de 2023 marqué par une inflation galopante. Les grandes tendances de ces dernières années se confirment. La consommation de viande bovine diminue de nouveau (- 3%) à 20,1 kgec par habitant, tout comme le mouton et l'agneau (- 5,9 %) à 2 kgec, tandis que la volaille poursuit sa croissance (+3,3 %) pour atteindre 31,7 kgec par habitant. La viande porcine a connu dans le même temps une embellie (+2,7 %) à 31,5 kgec.
Ces évolutions constitueraient une bonne nouvelle pour les filières françaises si elles ne profitaient essentiellement aux origines étrangères. Selon la même étude, les importations de viande ont progressé sur la même période de 5%, la palme revenant à la viande de volaille (+ 8,6 %), devant les importations de viande porcine (+ 3,9 %). La part des importations a dépassé les 50% pour la viande de poulet ! Dans le même temps, la viande bovine a jugulé cette tendance, les importations ayant connu une baisse de - 0,8 % en 2025 après - 0,3 % en 2024 et - 5,7 % en 2023. La part des produits exportés progresse cependant légèrement, à 26%.
Toujours est-il que les Français, en dépit de différentes injonctions, apprécient plus que jamais d’équilibrer leur alimentation avec la viande. Ses bénéfices nutritionnels, souvent questionnés, sont de mieux en mieux connus, comme en témoignent plusieurs articles que nous vous proposons dans cette édition de Viandes&Produits Carnés. Deux contributions "Modélisation de l’effet matrice de la viande" et "Effet matrice de la viande : déterminants et implications nutritionnelles" par des équipes de l’Unité Qualité des Produits Animaux d’INRAE et de l’Université Clermont Auvergne permettent de mieux comprendre l’effet matrice dans la biodisponibilité des nutriments de la viande. Un autre article ("Biodisponibilité des vitamines et de la choline dans les produits animaux") éclaire la manière dont les produits animaux sont des vecteurs de vitamines et de choline biodisponibles trop longtemps négligés. Des domaines où les champs d’investigation sont encore importants.
Également à lire dans cette édition, une présentation des enjeux et projets de l’UMT Imerviande qui entend accompagner les transitions technologiques, humaines et numériques des filières viandes françaises et une étude sur le rôle de l’élevage ovin dans les régions steppiques algériennes.
Bonne lecture et bon été,

Jean-François HOCQUETTE et Bruno CARLHIAN