Revue Française de la recherche
en viandes et produits carnés

ISSN  2555-8560

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Résumés - Environnement

Atteindre les objectifs climatiques mondiaux exige une quantification précise des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de leur impact sur la température. Or, le choix de la métrique – en particulier entre le Potentiel de Réchauffement Global à 100 ans (PRG₁₀₀) ou « Global Warming Potential » en anglais (GWP₁₀₀) et le Potentiel de Réchauffement Global Étoile (PRG*) en anglais GWP*– influence fortement la manière dont les émissions et leurs contributions au réchauffement sont représentées dans les bilans climatiques. Bien que les métriques ne modifient pas les résultats physiques en termes de température, elles affectent l’interprétation de l’impact des émissions et, par conséquent, les estimations d’élimination du CO₂ et les stratégies d’atténuation.
En utilisant les projections de la FAO pour les émissions mondiales de l’élevage à l’horizon 2050, nous analysons comment le choix de la métrique affecte l’évaluation des estimations d’élimination du CO₂ nécessaires pour compenser les émissions de méthane (CH₄) et atteindre l’état « pas de réchauffement supplémentaire ». Nos résultats montrent que le PRG₁₀₀ peut surestimer ou sous-estimer l’impact cumulatif du CH₄ selon les trajectoires d’émission, tandis que le GWP* fournit une approche dynamique, mieux alignée sur les objectifs de température. Ces différences ont des implications politiques majeures, car elles influencent la perception de l’efficacité des stratégies d’atténuation et la répartition des besoins en termes d’élimination du CO₂. Cette étude souligne la nécessité de choisir des métriques appropriées dans la conception des cadres climatiques, en particulier pour des secteurs fortement émetteurs de méthane comme l’élevage, afin de représenter correctement leur contribution aux objectifs de température mondiale.

Cet article examine les enjeux scientifiques, techniques, et sociétaux liés à la production d’aliments cellulaires, comme la « viande de culture ». En s’appuyant sur les travaux de la FAO et de l’OMS, il identifie les principales lacunes de recherche dans le domaine biotechnique et dans celui des sciences humaines et sociales. Il souligne également la nécessité de disposer de données issues de sources neutres, comparables et accessibles pour éclairer les décisions des parties prenantes.

D’après l’analyse de cycle de vie (ACV), les viandes de ruminants ont un impact environnemental plus élevé par kg de protéine que celles issues d’espèces monogastriques. A l’inverse, le cadre des services écosystémique (SE), indique que les élevages de ruminants peuvent fournir de plus hauts niveaux de SE de régulation (ex : purification de l’eau). Nous avons appliqué les deux approches à douze systèmes de production de viande contrastés (six ruminants, six monogastriques). L’ACV a été appliquée selon deux « unités fonctionnelles » : i) la quantité de protéines produites (kg) et ii) les surfaces exploitées (m2/an). Nos résultats confirment que par kg de protéine, les ruminants émettent davantage de gaz à effet de serre et consomment plus d’énergie que les monogastriques, mais l’inverse est observé par unité de surface. Les systèmes ruminants fournissent par ailleurs plus de SE de régulation grâce à leurs prairies. Notre étude donc révèle que l’ACV et les SE peuvent être en accord ou en désaccord selon l’unité fonctionnelle utilisée.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment le méthane entérique (CH4) issu des bovins, est un enjeu crucial pour atteindre les objectifs de neutralité carbone à 2050. Le programme Méthane 2030 (2023-2028) s’attache à répondre au double défi de la réduction des émissions de CH4 et de la souveraineté alimentaire de la France. Il vise à réduire de 30 % les émissions de CH₄ des élevages bovins français d’ici 10 ans sans réduire la production de lait et de viande. Grâce à l’emploi de plusieurs méthodes de mesure ou estimation des émissions, dans un réseau de fermes expérimentales et élevages privés, il s’agit de développer des références et des solutions basses émettrices mobilisant différents leviers (alimentation, solutions nutritionnelles, génétique, conduite…). Ce programme, porté par un consortium réunissant la profession, la recherche et le développement, produira une « boîte à outils » basée sur l’outil CAP’2ER®, la sélection génomique, et le conseil en élevage.

En 2022, la Déclaration de Dublin sur le rôle sociétal de l’élevage avait encouragé les scientifiques du domaine à alerter les décideurs politiques et le public sur l’importance de fonder les recommandations alimentaires et de promouvoir une image de l’élevage à partir de preuves scientifiques solides. En octobre 2024, les scientifiques en sciences animales, environnementales et sociales ont renouvelé et approfondi leur engagement en publiant l’appel Appel à Action de Denver https://www.dublin-declaration.org/fr/lappel-a-action-de-denver à l'occasion du deuxième Sommet international sur le rôle sociétal de la viande et de l’élevage, où les connaissances scientifiques actuelles à propos de l’élevage ont été présentées de façon synthétique. Cet appel s’adresse aux décideurs politiques du monde entier à s’engager en faveur de la pluralité et de la rigueur dans la prise de décisions fondées sur des données probantes.

La Déclaration de Dublin sur le rôle sociétal de l’élevage a encouragé les scientifiques du domaine à alerter les décideurs politiques et le public sur l’importance de fonder les recommandations alimentaires et de promouvoir une image de l’élevage à partir de preuves scientifiques solides. Ils le font consciencieusement et au prix de devenir la cible de campagnes militantes, visant à discréditer des voix scientifiques gênantes. Certes, des points de vue divergents sur la meilleure façon de mettre en œuvre les résultats scientifiques ou sur la nature ou la taille optimum des futurs systèmes d'élevage se sont exprimés. Toutefois, il existe un ferme consensus sur l'importance cruciale de maintenir des approches scientifiques rigoureuses pour un débat éclairé à propos de l’élevage. Ce contexte a incité les scientifiques en sciences animales à renouveler leur engagement en publiant l’appel Appel à Action de Denver. Cela a été fait à l'occasion du deuxième Sommet international sur le rôle sociétal de la viande et de l’élevage à Denver en octobre 2024, où les connaissances scientifiques actuelles à propos de l’élevage ont été présentées de façon synthétique. Cet appel s’adresse aux décideurs politiques du monde entier à s’engager en faveur de la pluralité et de la rigueur dans la prise de décisions fondées sur des données probantes. Relever le défi colossal de nourrir les populations mondiales tout en minimisant les dommages environnementaux ne sera possible que grâce à l’application transparente de la rigueur scientifique, en évitant l’orgueil, la présomption et le dogmatisme.

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Edito

Le gout et les bénéfices de la viande

Une fois encore, les chiffres démentent les impressions. Tandis que l’air du temps porte à croire à une désaffection des consommateurs pour les produits carnés, les statistiques montrent le contraire. Selon les dernières données de FranceAgriMer et d'Agreste publiées dans une synthèse de conjoncture parue en juillet, les Français ont consommé en 2025, pour la deuxième année consécutive, davantage de viande, avec une hausse globale de 1,3 % en 2025, après une progression de 2,3 % en 2024. À 85,7 kilos équivalent-carcasse (kgec) par habitant, le niveau de consommation retrouve son étiage de 2016, s'éloignant du point bas de 2023 marqué par une inflation galopante. Les grandes tendances de ces dernières années se confirment. La consommation de viande bovine diminue de nouveau (- 3%) à 20,1 kgec par habitant, tout comme le mouton et l'agneau (- 5,9 %) à 2 kgec, tandis que la volaille poursuit sa croissance (+3,3 %) pour atteindre 31,7 kgec par habitant. La viande porcine a connu dans le même temps une embellie (+2,7 %) à 31,5 kgec.
Ces évolutions constitueraient une bonne nouvelle pour les filières françaises si elles ne profitaient essentiellement aux origines étrangères. Selon la même étude, les importations de viande ont progressé sur la même période de 5%, la palme revenant à la viande de volaille (+ 8,6 %), devant les importations de viande porcine (+ 3,9 %). La part des importations a dépassé les 50% pour la viande de poulet ! Dans le même temps, la viande bovine a jugulé cette tendance, les importations ayant connu une baisse de - 0,8 % en 2025 après - 0,3 % en 2024 et - 5,7 % en 2023. La part des produits exportés progresse cependant légèrement, à 26%.
Toujours est-il que les Français, en dépit de différentes injonctions, apprécient plus que jamais d’équilibrer leur alimentation avec la viande. Ses bénéfices nutritionnels, souvent questionnés, sont de mieux en mieux connus, comme en témoignent plusieurs articles que nous vous proposons dans cette édition de Viandes&Produits Carnés. Deux contributions "Modélisation de l’effet matrice de la viande" et "Effet matrice de la viande : déterminants et implications nutritionnelles" par des équipes de l’Unité Qualité des Produits Animaux d’INRAE et de l’Université Clermont Auvergne permettent de mieux comprendre l’effet matrice dans la biodisponibilité des nutriments de la viande. Un autre article ("Biodisponibilité des vitamines et de la choline dans les produits animaux") éclaire la manière dont les produits animaux sont des vecteurs de vitamines et de choline biodisponibles trop longtemps négligés. Des domaines où les champs d’investigation sont encore importants.
Également à lire dans cette édition, une présentation des enjeux et projets de l’UMT Imerviande qui entend accompagner les transitions technologiques, humaines et numériques des filières viandes françaises et une étude sur le rôle de l’élevage ovin dans les régions steppiques algériennes.
Bonne lecture et bon été,

Jean-François HOCQUETTE et Bruno CARLHIAN